#G7 2019 (Biarritz, 24 - 26 août 2019)

Sommet Women 7, pour un G7 féministe

Sommet Women 7, pour un G7 féministe

© photo : Sonia Lépine-Persaud

 

Sommet Women 7 : pour un G7 féministe

 

En cette année 2019, la France a pris la présidence du G7. Ce partenariat du groupe des 7 réunit de façon informelle, chaque année depuis 1975, les sept pays réputés les plus puissants et avancés du monde (40% du PIB mondial, 10% de la population). La France a fait de la lutte contre les inégalités la grande priorité de sa présidence et a insisté sur l’importance prépondérante d’atteindre l’égalité femmes-hommes grâce notamment à des politiques féministes pour répondre à cet enjeu.

 

La campagne #FeministsCount

Depuis plusieurs mois, de nombreuses associations féministes françaises et internationales ont rejoint la coalition d’acteurs Women 7 (W7). Ce groupe d’engagement avait été initié lors du dernier G7 sous présidence canadienne, qui s’était conclu par la Déclaration de Charlevoix. La question de l’égalité femmes-hommes étant au coeur des priorités de la présidence française du G7 2019, elle doit être abordée lors de chacune des réunions ministérielles qui se tiennent en amont du Sommet qui se déroulera à Biarritz, du 24 au 26 août prochain. C’est en marge de la réunion ministérielle sur l’égalité femmes-hommes, le 10 mai dernier, que le W7 a organisé son sommet pour plaider en faveur des droits des femmes et des filles. Le comité ONU Femmes France, en tant que membre du comité de pilotage du W7, travaille avec de nombreuses associations sur la campagne #FeministsCount pour demander un G7 réellement féministe.

 

Le 9 mai 2019 s'est ainsi tenu à l'UNESCO le Sommet Women 7 dont le but était de faire dialoguer les membres de la société civile engagés pour les droits des femmes et de formuler des recommandations aux ministres du G7 concerné.e.s. Cette journée était organisée en trois temps : une première session d'échange sur le thème « Changeons de cap : vers des politiques véritablement féministes », une deuxième portant sur « les orientations du G7 de 2019 : une lecture par le W7 » et enfin, une session d'échanges avec les membres du Conseil consultatif à l'égalité des femmes et des hommes.  

 

Traduire les promesses en action

Le Comité ONU Femmes France, par la voix de sa présidente Céline Mas a animé au cours de la deuxième session une table ronde intitulée « Des paroles aux actes : les féministes demandent des comptes » autour de la notion de redevabilité. A ses côtés, pour apporter des éclairages sur ce thème, étaient réunies Claudy Vouhé, co-fondatrice et membre du conseil d'administration Genre en action, Dorine Nininahawze, Directrice Afrique de l'Ouest de ONE et représentante auprès de l'Union africaine, et Jenny Hedman chargée de politiques et coordinatrice du réseau DAC sur l'égalité entre les sexes à l'OCDE.

 

Tout d'abord, que désigne-t-on par le terme « redevabilité » ? Cette notion, traduction du terme anglais « accountability », recouvre le fait de « définir des buts et objectifs clairs, d’assumer la responsabilité de les atteindre et d’accepter d’être éventuellement sanctionné en cas de non-respect des engagements pris ». Dans cette optique, cela implique, comme l'a souligné Céline Mas, d'être à l'écoute des acteurs et actrices de terrain, de développer des mécanismes de contrôle des engagements prononcés à travers des outils d'évaluation. De plus, l'ensemble des participantes ont soulevé l'enjeu de généraliser à toutes les échelles la budgétisation sensible au genre qui vise à intégrer la dimension de genre dans le processus budgétaire en vue de favoriser l'égalité femmes-hommes.

A l'issue de cette table-ronde, plusieurs recommandations ont pu être formulées afin de garantir transparence, redevabilité et impact :

1- Recueillir et utiliser des données ventilées par sexe, âge, situation de handicap, situation socio-économique et par autres facteurs, dans le suivi, l'évaluation, l'apprentissage et l'élaboration de rapports sur les engagements du G7,

2- Adopter des cadres de redevabilité pour tous les engagements du G7 concernant l'égalité de genre, dans les pays du G7 et à l'étranger,

3- Assurer la transparence et l'évaluation régulière, tous les trois ans maximum, de l'ensemble des politiques publiques d'égalité,

4- Les engagements du G7 doivent respecter le principe de « rien sur nous, sans nous ».

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Céline Mas

© photo : Sonia Lépine-Persaud

 

Remise des recommandations aux ministres du G7

Suite aux tables-rondes, s’est déroulée une séance d’échange avec le Conseil Consultatif pour l’égalité entre les femmes et les hommes, réunissant 35 expert.e.s et personnalité.e.s , dont Phumzile Mlambo Ngcuka, Directrice Exécutive d’ONU Femmes, Nadia Murad et Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, Katja Iversen, Présidente de Women Deliver ou Emma Watson, ambassadrice de bonne volonté d’ONU Femmes.  Le rôle de ce Conseil est d’apporter son expertise sur les questions de genre et spécifiquement de proposer des outils pour renforcer le cadre législatif des pays du G7.

En conclusion de cette journée, le W7 a présenté ses recommandations aux ministres des pays du G7 ou à leur représentant.e. Celles-ci s’appuient sur deux leviers préalables à toute promesse politique en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes :

  • l’augmentation des ressources financières dédiées aux associations, organisations non gouvernementales, chercheur.euse.s et mouvements féministes ;
  • la participation des femmes aux décisions politiques de leur pays et des instances internationales comme le G7.

Dans cette perspective, quatre axes de recommandations ont été retenus : le développement et la mise en œuvre des politiques nationales et une politique étrangère féministes ; l’émancipation des adolescentes et des femmes en matière de santé, d’éducation et de lutte contre les violences ; l’autonomisation économique des femmes ; et l'adoption de cadres de redevabilité pour l’ensemble des engagements du G7 relatifs à l’égalité de genre.

 

Cette journée d'échanges fut aussi l'occasion d'interventions inspirantes et vibrantes comme celle de Hadja Idrissa Bah jeune militante féministe guinéenne de 19 ans, et a montré toute la détermination des associations féministes à travers le monde de peser dans l'agenda politique international. Car, pour reprendre les termes de Hadja Idrissa Bah, « mon sexe ne doit pas être ma faiblesse mais plutôt ma force ».

Par Linda Marti et Sonia Lépine-Persaud

 

Pour aller plus loin : feministscount.org

 

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