Yves Chachuat : "L'entreprise aujourd'hui a une responsabilité sociétale et son devoir citoyen est proportionnel à sa taille"

Yves Chachuat : "L'entreprise aujourd'hui a une responsabilité sociétale et son devoir citoyen est proportionnel à sa taille"

Yves Chachuat : « L’entreprise aujourd’hui a une responsabilité sociétale et son devoir citoyen est proportionnel à sa taille »

En octobre 2004, Carrefour devient signataire de la Charte de la diversité en entreprise, et fait de cette thématique transversale un axe de développement majeur. Dix ans plus tard, en 2014, AFNOR Certification décerne à Carrefour Market, la filiale supermarchés du Groupe, son label Egalité Professionnelle. Yves Chachuat, Directeur des ressources humaines chez Carrefour Market pour le sud de la France, œuvre en faveur de l’égalité des chances au sein du Groupe Carrefour depuis bientôt quinze ans. Il y est à l’origine d’une série d'initiatives en faveur de l’égalité femmes-hommes.

 

Nous avons souhaité lui donner la parole pour mettre en lumière le rôle que pouvaient jouer les enseignes de la grande distribution dans le droit et l’accès de toutes les femmes au travail, à l’indépendance économique et aux postes à responsabilité.

 

Pourquoi avoir fait de l’égalité femmes-hommes une priorité de votre parcours?

 

Je vais commencer par une anecdote. Lorsque j’étais collégien, ma professeure de français nous avait demandé de traiter des sujets de société et j’avais décidé de parler de l’égalité entre les femmes et les hommes. Mon intérêt pour ces questions vient de loin.

 

À mes yeux, le combat pour l’égalité femmes-hommes a autant d’importance que le combat contre le racisme ou l’exclusion des personnes handicapées. Nous avons tous intérêt à ce que la société soit juste sur ce plan.

 

Aujourd’hui, c’est aussi une approche qui donne du sens à mon travail. Tout le monde a déjà mis les pieds dans un supermarché, mais la majorité des client-e-s de Carrefour sont des femmes. Comment voulez-vous que l’entreprise soit proche de ses client-e-s s’il n’y pas de femmes dans l’équipe de direction ? La question d’une forme de représentativité se pose.

 

Quelle est l’importance de ce sujet au niveau du Groupe Carrefour ?

 

Il y a deux dimensions particulièrement importantes. La première est relative au fonctionnement interne de l’entreprise. 68% du personnel est féminin, mais cela ne se reflète pas encore totalement dans les équipes de Direction. L’égalité est aussi un facteur de performance, donc il faut se donner les moyens de remédier à cette situation et nous y travaillons.

 

La deuxième dimension de la question, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Ça n’existait pas quand j’ai commencé à travailler. C’est l’idée que les entreprises, au même titre que les citoyens, ont des devoirs vis-à-vis de la société, aussi bien au niveau de l’égalité des chances que du développement durable, par exemple. Carrefour est le premier employeur privé de France : à ce titre, nous avons des obligations citoyennes.

 

Quelles sont les actions concrètes mises en place par Carrefour?

 

En interne, nous n’avons pas de problème d’effectif féminin en volume, mais en statut, en positionnement dans l’entreprise. Donc la priorité, c’est d’abord de rééquilibrer la position des femmes dans l’entreprise, pour qu’elles aient un vrai pouvoir de décision à tous les niveaux. Les équipes qui s’occupent du recrutement chez Carrefour ont des objectifs clairs à ce niveau.

 

Nous avons mis en place un Comité carrières femmes, c’est-à-dire un système de screening qui identifie à chaque niveau (d’employé-e à cadre) les femmes qui ont un potentiel d’évolution au sein de l’entreprise. Si un-e directeur-rice de magasin identifie une employée qui fait très bien son travail, par exemple parmi nos étudiantes qui travaillent le week-end, il peut la recevoir pour lui présenter les possibilités d’évolution au sein de Carrefour. Lui dire que Carrefour recrute régulièrement du personnel d’encadrement et que c’est une perspective qu’elle peut envisager.

 

Au niveau cadre, nous avons également un système de parrainage qui s’inscrit dans le programme Women Leader et qui permet aux femmes qui ont un potentiel d’évolution d’être parrainées par un-e membre d’un comité de direction. Aujourd’hui, toutes les équipes de direction sont convaincues de l’intérêt de la diversité. Lors de l’audit pratiqué par l’AFNOR pour l’obtention du Label Égalité Professionnelle, la majorité des employés interrogés à tous les niveaux ont répondu oui à la question : « Est-ce que vous trouvez que votre entreprise respecte et encourage la diversité ? »

 

Nous travaillons aussi avec l’extérieur. À Marseille, nous participons au projet d’ouverture d’un restaurant d’application à la prison de femmes des Baumettes pour faciliter l’intégration professionnelle des détenues proches de la libération. Nous ne faisons pas de restauration, mais avons prévu de former ces détenues aux métiers de bouche, à la boucherie en premier lieu, en espérant leur donner le goût de ce métier.

 

Encore à Marseille, la Fondation Carrefour a participé au projet Des étoiles et des femmes, une initiative de réinsertion dans la vie professionnelle par la cuisine.

 

Dans le sud-est, nous avons fait intervenir dans toutes les réunions de région, qui regroupent l’ensemble des directeurs de magasin, un formateur de l’association SOS Femmes pour leur apprendre à détecter et à répondre aux situations de violence à l’égard des femmes. Plus tard, le même formateur est venu s’adresser à l’ensemble du Comité d’Etablissement, et il va prochainement intervenir en réunion du siège.

 

Y a-t-il une coordination entre les régions ?

 

Tous les mois, les DRH de Carrefour Market se réunissent en Comité RH et échangent à ce sujet. Nous avons pu signer, dans le Var, une convention d’aide aux femmes vulnérables, qui réunit les Market intégrés, tous les hypermarchés du département et 5 partenaires franchisés, c’est une première !

 

Au niveau du Groupe, Mathilde Tabary, Directrice Développement social et Diversité, et Nora Bouzid, Manager Développement social et Diversité, participent à la diffusion des bonnes pratiques de Carrefour dans le monde, pour que chacun-e s’en inspire.

 

Quels sont les projets à venir ?

 

Depuis quatre ans, avec la société Les petits chaperons rouges, nous faisons bénéficier notre personnel du sud-est de places en crèches. Un des premiers obstacles pour les femmes victimes de violences qui ont quitté leur foyer et cherchent du travail, c’est de trouver quelqu’un pour s’occuper de leurs enfants, ne serait-ce que lors de l’entretien d’embauche. Avec l’aide financière du Pôle mécénat et du Pôle diversité de Carrefour, et grâce à un tarif privilégié consenti par les Petits Chaperons Rouges, nous allons faire bénéficier des centres d’hébergement de femmes vulnérables - toujours dans le Var - de places dans les crèches de cette société. Nous sommes actuellement en discussion pour faire la même chose dans le département des Bouches-du-Rhône.

 

Et qu’est ce qui vous manque au final pour avancer plus rapidement sur cette question ?

 

Les idées ne nous manquent pas, mais on aimerait avoir toujours plus de budget ! Si on prend l’exemple des places en crèches, selon la région, un « berceau » coûte environ 12000 € par an. J’aimerais pouvoir en réserver plus.

 

Par contre, ce qui est très encourageant, c’est qu’on travaille de plus en plus ensemble, avec les différentes sociétés du groupe.

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