Marion Seclin : "Il n'existe pas de monde virtuel. Tout ce qui se passe en ligne se passe dans la vraie vie."

Marion Seclin : "Il n'existe pas de monde virtuel. Tout ce qui se passe en ligne se passe dans la vraie vie."

Marion Seclin : « Il n’existe pas de monde virtuel. Tout ce qui se passe en ligne se passe dans la vraie vie. »

Marion Seclin est comédienne et contribue au magazine en ligne Mademoizelle.  Le 3 novembre dernier, elle a pris la parole lors du TEDxChampsElyséesWomen pour se présenter, lors d'une intervention juste, percutante et pleine d'humour, comme la "championne de France du cyberharcèlement".

 

Nous avons souhaité évoquer avec elle les origines du harcèlement sexiste sur internet, et les solutions qu'il était possible d'y apporter.

 

L’utilisation d’internet permet la libération d’une parole sexiste et misogyne ultraviolente à l’encontre des femmes, en particulier lorsqu’elles s’expriment sur des sujets relatifs aux questions féministes. Qu’est ce qui explique ce déchaînement ? Est-il représentatif d’une évolution des mentalités à l’œuvre dans l’ensemble de la société ?

 

Je pense d’abord qu’en France particulièrement, on a appris à crier notre mécontentement. De la petite enfance jusqu’à l’âge adulte, on ne parle que du négatif. Quand quelque chose nous satisfait, avec condescendance on trouve ça normal donc on ne le dit pas. Je ne pense pas que les mentalités aient particulièrement mal évolué, ou qu’il y ait plus de personnes ultraviolentes, je pense simplement que ceux qui sont satisfaits ne font rien, ne disent rien, donc on a l’impression de ne voir que le négatif. La société évolue plutôt vers le mieux, seulement sur Internet, sans être soumis aux regards des autres, on est plus prompt à être cruel et à se défouler. C’est très courageux de laisser un commentaire positif en restant anonyme, donc peu de gens le font.

 

Les procédures mises en place par les réseaux sociaux ou par les pouvoirs publics pour contrevenir aux insultes et aux menaces proférées contre les femmes sur internet sont peu suivies et peu respectées. Comment expliquer cette absence de réponse ?

 

Je pense que ce n’est pas la priorité des pouvoirs publics, qui considèrent qu’Internet «ce n’est pas la vraie vie». Les personnes chargées de faire régner l’ordre ou de punir pensent encore et toujours que ce qui est virtuel n’est pas réel et donc n’a pas d’importance. De la même manière qu’une ministre des droits des femmes est capable de dire «mais si les jeunes filles se font harceler sur Internet, elles n’ont qu’à pas y aller», un policier qui prend une plainte pour agression sexuelle va demander à la victime comment elle était habillée. C’est un vieux pays.

 

Quant aux procédures mises en place par les réseaux sociaux, je ne m’exprimerai même pas dessus, compte tenu du fait que leur intérêt est d’abord financier, donc absolument pas dans l’intérêt des utilisateurs-rices !

 

L’éducation et la répression relèvent de l’arsenal qui pourrait être mis en place pour lutter contre les violences sexistes sur internet. Pourriez-vous nous donner des exemples concrets d’initiatives à développer à ces deux niveaux de prévention ?

 

D’abord changer la manière dont on nous enseigne l'éducation civique : se concentrer sur les débats, apprendre aux enfants à discuter, à argumenter, à penser par eux même, à s’offusquer devant les inégalités, à défendre un point de vue. Leur apprendre les peines encourues pour harcèlement, injure publique et privée, menace de mort, de viol. Et cela tout au long de leur scolarité, pas une heure entre les maths et la géo !

 

Au niveau juridique il serait exemplaire de développer un système comme Adopi, mais pour le cyberharcèlement, l’injure ou la menace en ligne. Un système qui peut punir et donner des amendes, mais qui ne forcera pas la victime à porter plainte. Un délit qui serait vraiment punit, avec une vraie unité, formée et efficace qui pourrait agir seule pour qu’on arrête de penser qu’insulter ou menacer en ligne est un droit.

 

onufemmes

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