Le chiffre du mois de Janvier - Résolution 1325

Le chiffre du mois de Janvier - Résolution 1325

Le chiffre du mois de Janvier – Résolution 1325

« Il est évident que ces viols ne sont pas le résultat de pulsions sexuelles, mais constituent des instruments visant à affaiblir, voire à anéantir, une population. » Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix 2018.

 

Un conflit armé met à mal l’équilibre politique, géopolitique ou économique d’une région et/ou du monde. Il constitue une tragédie pour l’histoire d’un pays et d’un peuple car ses conséquences sont multiples : déplacement de population, perte civile, torture, agression… Cependant, bien que les hommes soient des victimes de guerre à prendre sérieusement en considération, les femmes sont des victimes silencieuses et invisibles et les conséquences des conflits sont parfois, bien plus néfastes pour les femmes que pour les hommes. En effet, en 2013, en période de conflit et post conflit, la mortalité maternelle représentait 531 décès sur 100 000 naissances, contre 210 décès sur 100 000 naissances à travers le monde. De plus, le taux mondial de scolarisation des filles dans le primaire est de 91% en 2013, tandis que le taux de scolarisation des filles dans le primaire est de 76% en période de conflit et post conflit. On peut aussi ajouter que les mariages d’enfants augmentent fortement en période de conflit. En République Centrafricaine 68% des femmes de 20-24 ans ont été mariées de force avant leur 18 ans, en 2014. Ainsi, les conflits armés exacerbent les inégalités femmes - hommes et bien souvent, les violences sexuelles sont utilisées comme arme de guerre afin de détruire psychologiquement une population « ennemie ». Les conséquences de ces violences sont des femmes détruites psychologiquement et physiquement car le viol est parfois accompagné de mutilations sexuelles, mais aussi des hommes anéantis parce qu’impuissants face à leurs femmes torturées et bafouées.

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Afin de lutter contre ces violences sexuelles et de prévenir les inégalités de genre provoquées par des conflits armés, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté, le 31 octobre 2000, la Résolution 1325. Cette Résolution concerne les femmes, la paix et la sécurité et prévoit d’inclure plus de femmes lors de la signature d’accords de paix. En effet, cette mesure vient du constat que très peu de femmes participent à la résolution de conflits (moins de 4% des signataires des accords de paix étaient des femmes entre 1992 et 2011). Or ce sont elles, les victimes qui nécessitent le plus de soins physiques et psychologiques. Elle prévoit aussi d’inclure plus de femmes dans le processus d’intervention (militaire, médicale ou sociale) dans les zones de conflits afin d’apporter une aide suffisante et appropriée à ces femmes. Cette résolution est donc nécessaire pour que les femmes victimes de violences de guerre soient plus visibles et que leurs problématiques soient considérées et plus connues.

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Néanmoins, certains n’ont pas attendu la Résolution 1325 pour se rendre compte que les conflits armés touchaient plus particulièrement les femmes. En effet, le Prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege est médecin gynécologue congolais et agi quotidiennement pour « réparer » ces femmes mutilées. En quinze ans, le docteur Mukwege a pris en charge 40 000 femmes dans son Hôpital de Panzi, fondé en 1999, en République Démocratique du Congo. En 2016, lors d’un entretien à l’UNESCO à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences sexuelles en tant de conflit (lien ici), il confiait que l’action de l’Hôpital de Panzi reposait sur quatre piliers : la prise en charge médicale, le suivi psychologique, la réinsertion socio-économique et l’accompagnement judiciaire. Denis Mukwege partage son Prix Nobel de la paix 2018 avec Nadia Murad. Issue de la minorité religieuse yézidie et ancienne esclave sexuelle de DAESH, Nadia Murad est, depuis 2016, ambassadrice de bonne volonté de l’ONU pour la dignité des survivants de la traite des êtres humains. En 2017, elle reçoit le prix Sakharov au coté de Lamia Haji Bachar. Leur travail et leur engagement quotidien permet d’alerter sur les violences de guerre auxquelles les femmes sont plus exposées que les hommes, et qui sont encore aujourd’hui méconnues.

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Julie Batigne

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