Ghada Hatem : "(...) la pauvreté et l'isolement social (...) aggravaient les difficultés liées à leur genre."

Ghada Hatem : "(...) la pauvreté et l'isolement social (...) aggravaient les difficultés liées à leur genre."

Ghada Hatem : « (…) la pauvreté et l’isolement social (…) aggravaient les difficultés liées à leur genre. »

© Ghada Hatem

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La Doctoresse Ghada Hatem, gynécologue obstétricienne, a créé la Maison des Femmes à Saint-Denis (93). Un lieu de prise en charge globale pour les femmes victimes de violence qui en fait aujourd’hui un endroit unique en France pour accueillir et réparer les plus fragiles. 

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D’où vous vient votre engagement pour les femmes ?

Mon engagement pour les femmes a sans doute une double origine : mon statut de fille unique au milieu de 3 frères élevée au Liban, dans une région du monde où le système patriarcal est encore majoritaire et peu questionné ; et mon métier de gynécologue qui m'a permis de connaitre presque intimement des milliers de femmes, de partager leurs histoires et leurs difficultés.

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D’où vous est venu le constat qu’il fallait créer un lieu unique comme la Maison des Femmes ?

Après de très nombreuses années passées à accompagner les femmes dans différents moments de leur vie et de leurs parcours (contraception, avortement, accouchement, stérilité, cancers féminins...) mon arrivée en Seine Saint-Denis m'a fait comprendre que la pauvreté et l'isolement social rendaient les femmes plus vulnérables et aggravaient les difficultés liées à leur genre. Un lieu unique, où les problématiques les plus délicates pouvaient être abordées, où les femmes auraient la certitude d'être entendues et crues, et où le parcours serait facilité à l'extrême pour limiter tout découragement m'a semblé une idée simple mais puissante. Il ne restait plus qu'à l'imaginer, ce qu'un cabinet d'architectes généreux et engagé nous a rapidement aidés à faire. Sans oublier le plus difficile, lever des fonds pour...accoucher de ce rêve.

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Comment la Maison des Femmes assure-t-elle une prise en charge globale des femmes victimes de violences ?

Le secret de la Maison des femmes réside dans sa pluridisciplinarité, mais aussi dans la cohésion de son équipe. Que nous soyons médecins, sages-femmes, psychologues, infirmières, secrétaires…ou bénévoles, nous considérons notre prise en charge comme un engagement sans faille au bénéfice des femmes.
Accueillies dans un lieu lumineux et chaleureux, qu'elles assimilent très rapidement à un havre, elles savent qu’elles peuvent compter sur l'ensemble de nos compétences (médicales, psychologiques, sociales, policières, juridiques...) dans un climat de grande bienveillance. Nous partageons leur histoire pour identifier le meilleur parcours possible de sortie des violences et leur proposer des réponses adaptées. Et grâce à l'engagement de nombreux bénévoles et au soutien de certaines fondations et de la ville de Saint-Denis, nous leur offrons des ateliers d'amélioration de l'estime de soi dont elles ont très vite compris l’impact : dessin/bijoux, danse orientale, karaté, théâtre, photo...Nous les voyons très rapidement redresser la tête et retrouver une certaine fierté. Elles peuvent alors, notamment à l'occasion des groupes de paroles, retisser du lien social et épauler les nouvelles venues.

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Quels seront les prochains défis à relever pour la Maison des Femmes ?

 La Maison des femmes est aujourd’hui confrontée à 3 enjeux :
➢ Pérenniser son fonctionnement pour s’affranchir de l’aide des fondations dont les missions sont d’accompagner l’innovation. A ce propos, nous souhaitons interpeller la Ministre de la Santé et des solidarités pour qu'un financement pérenne, sous la forme d'une mission d'intérêt général (MIG) soit voté, permettant ainsi à toutes les structures qui souhaitent s'impliquer dans cette prise en charge, d'en bénéficier
➢ Financer une extension qui garantira des conditions d’accueil respectant l’intimité, la confidentialité et la sécurité des patients, ainsi que la qualité de vie des soignants. Victimes de notre succès, nous sommes par exemple, obligés d'annuler des consultations par manque de place pour les assurer.
➢ Répondre aux villes qui la sollicitent pour s’inspirer de son modèle : Bruxelles, Tournus, Bordeaux, Caen...nos petites sœurs déjà nées ou en gestation sont pour nous source de fierté, preuve que notre modèle fonctionne et inspire.

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Propos recueillis par Anne-Laure Dominjon

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