COP 21 : les enjeux de l'intégration des femmes dans la lutte contre le réchauffement climatique

COP 21 : les enjeux de l'intégration des femmes dans la lutte contre le réchauffement climatique

COP 21 : les enjeux de l’intégration des femmes dans la lutte contre le réchauffement climatique

A l’approche de la tenue de la COP 21 à Paris (21ème conférence des Etats signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques - CCNUCC), il est important d’éclaircir tous les liens existants entre les deux combats de la lutte contre le réchauffement climatique et pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

 

Deux enjeux principaux émergent : d’une part, l’impact différencié du climat en fonction du sexe, permettant de prendre en compte les femmes comme premières victimes du changement climatique- et d’autre part,  la nécessité de rendre les femmes actrices du changement, en leur accordant un rôle central dans la définition des solutions. Cette double perspective, élément essentiel de la COP 21, est également au centre des préoccupations d’ONU Femmes.

 

L’impact différencié du climat en fonction du sexe 

Le changement climatique pose un défi majeur pour le développement durable, avec une incidence disproportionnée sur les pays les plus pauvres, et notamment sur les plus exposées à la précarité, à savoir les femmes et les filles. En effet, comme le rapporte Oxfam, la moitié de la population mondiale – celle qui est à la fois la plus pauvre et la moins responsable des effets climatiques, puisqu’elle n’émet que 7% des émissions mondiales – en sont les principales victimes. L’impact des variations de température, les pluies irrégulières et les phénomènes climatiques extrêmes, ont également un plus lourd effet sur leurs vies quotidiennes.

 

Et en première ligne, les agriculteurs familiaux, notamment les femmes, qui représentent 45% à 80% d’entre eux. Sur le continent africain, 70% de ces agriculteurs sont des femmes, responsables de 75% des tâches liées à la production alimentaire.

 

Pourtant, elles sont le plus souvent écartées des initiatives nationales, et internationales concernant la sécurité alimentaires.

 

1) Accès aux ressources

Les femmes et les filles sont souvent en charge de la recherche d’eau et du maintien de l’agriculture de subsistance. Lors de bouleversements climatiques, les femmes rurales agricultrices, sont particulièrement impactées en raison de leur accès limité aux ressources et aux actifs productifs, y compris la terre et la propriété foncière via l’héritage et le crédit.

 

Le changement climatique  impose aux femmes une difficulté supplémentaire au travail domestique non rémunéré. En effet, comme le note Oxfam lors de la table ronde « Femmes et lutte contre le changement climatique (Sénat, le 25 juin 2015), les dérèglements climatiques sont susceptibles d’impacter négativement leurs revenus, tout en augmentant drastiquement leur temps de travail, leur accordant moins de temps pour aller à l’école, suivre des formations, participer aux décisions impactant leurs communautés.

 

Par ailleurs, ces changements climatiques vont se traduire par une plus forte demande en investissements à long-terme, en instruments financiers de gestion des risques et en accès à l’information agricole et climatique. Ils vont exacerber les contraintes actuelles posées par la disparité entre les sexes d’accès aux terres, aux services de vulgarisation agricole, aux produits financiers appropriés, aux technologies et aux marchés. Dans seulement 37 pour cent des 161 pays analysés par l’OCDE en 2014, les femmes et les hommes peuvent posséder, utiliser et contrôler les terres en toute égalité. Il est donc essentiel d’améliorer les moyens de subsistance des femmes, et de renforcer leur adaptation en s’assurant de leur accès, de leur contrôle et de leur possession des ressources naturelles (les terres, le bétail, les biens, l’eau), et de leur accès aux ressources de développement comme le crédit, la formation ou les informations nécessaires.

 

Et ce, d’autant plus que les femmes possèdent une véritable expertise en termes de connaissance de leur environnement et de gestion des ressources naturelles (semences, cultures, eau, terre) et sont donc à même de définir des stratégies d’adaptation au changement climatique. Elles doivent donc impérativement être prises en compte dans les processus de négociations et décisions dans la lutte contre le changement climatique. Les inclure, c’est leur permettre de jouer un double rôle fondamental : réduire les effets subis par leurs communautés, tout en améliorant leurs propres conditions de vie. Pour Achim Steiner, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et directeur exécutif du PNUE, « La réussite de l’adaptation durable passe donc par l’importance donnée à l’égalité des sexes et au rôle des femmes ».

 

Dans le contexte du changement climatique, la réduction de la disparité entre les sexes dans l’agriculture permettrait d’accroître le bien-être et la résilience des agricultrices et de la société au sens large.  Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (2011), si les femmes avaient le même accès que les hommes aux ressources productives, elles pourraient augmenter la production de leurs exploitations de 20 à 30 pour cent. 

 

2) La gestion des catastrophes naturelles

Le même écart entre les sexes se trouve dans la gestion des risques liés aux catastrophes. Dans les 10 dernières années, 87% des catastrophes naturelles ont été liées au réchauffement climatique et ce nombre ne fera que croître. Les mêmes obstacles structurels qui limitent le rôle des femmes dans l'agriculture résiliente au changement climatique et l'accès universel à l'énergie propre, rendent les femmes plus vulnérables dans un contexte de catastrophe et d’après-catastrophe. Par exemple, plus de 70% des défunts lors du tsunami de 2004 en Asie étaient des femmes. De même, lorsque le cyclone Nargis a frappé le delta de l'Irrawaddy au Myanmar en 2008, le taux de décès parmi les femmes de 18 à 60 ans était le double de celui parmi les hommes dans la même tranche d’âge. Dans les régions impactées, traditionnellement, Dans son rapport « Les femmes sont en première ligne du changement climatique » le PNUE relève que les femmes n’apprenaient ni à nager ni à grimper aux arbres, et peuvent aujourd’hui être dissuadées de le faire. Souvent, sans autorisation de leur mari ou d’hommes plus âgés de leur famille ou de leur communauté, les femmes ne peuvent pas non plus évacuer leur foyer. Victimes de vêtements sexo-spécifiques qui gênent leur mobilité lors de situations d’urgence, elles voient aussi leur taux de mortalité s’accroître démesurément dans ces situations.

 

En dehors de l’impact de l’inondation, de la sécheresse et/ou de la catastrophe naturelle, il est important de s’assurer que les programmes d’éducation, de formation, de sensibilisation et d’information ciblent la vulnérabilité et le risque de violences sexistes, d’abus sexuels et de traite des êtres humains, en particulier dans les zones à haut risque. Les femmes et les filles sont en effet exposées à plus de violences après les catastrophes naturelles : ce fait est dû au manque d’espaces privés dans les zones de réinstallation. Ces violences sont la conséquence de la nécessité pour les femmes de se déplacer vers des zones dangereuses notamment pour recueillir le carburant et l’eau. Les femmes sont aussi plus vulnérables face aux réseaux criminels organisés lors de sécheresse ou d’inondations, de par l’éparpillement des communautés et la déstructuration des schémas de protection familiaux et sociétaux. Mais les dangers se trouvent surtout aussi dans les structures familiales : selon le PNUE, « certaines études avancent que 95% des femmes et des jeunes-filles interrogées affirment avoir personnellement connaissance de violences perpétrées dans 77% des cas par des membres de la famille ».

 

Il y a donc une reconnaissance croissante de l'incidence disproportionnée que le changement climatique aura sur les femmes. D’autre part, on reconnait aussi les énormes avantages sociaux et économiques, ainsi que la résilience face aux changements climatiques que peuvent apporter l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes.

 

Nécessité de rendre les femmes actrices du changement climatique

Les femmes ont un rôle spécifique majeur à jouer en faveur du climat. Dans la plupart des pays en voie de développement les femmes sont les principales gestionnaires de l'énergie des ménages. Cependant, ce potentiel à accélérer cette transition dans le domaine de l’énergie est largement sous-utilisé. Une femme vivant dans un village au nord du Nigeria paie environ 60 à 80 fois plus qu’une résidente de New York pour l'énergie qu’elle consomme.

 

Or, elles peuvent être de puissantes catalyseuses du changement dans la transition vers l’énergie durable et créer des réseaux de distribution et de service dans les zones rurales, notamment pour réduire le coût d'acquisition de l’énergie. Les femmes sont sous-représentées dans le secteur de l'énergie durable. Une fois de plus, des cadres réglementaires inadéquats, un accès limité aux techniques locales et aux financements abordables sur le long terme se traduisent par des risques d'investissement plus élevés pour les femmes que pour les hommes et entravent l'autonomisation des femmes et les efforts universels d'accès aux énergies propres.

Les programmes d’adaptation doivent s’inscrire dans le long terme et se fixer pour objectif de répondre aux besoins croissants d’égalité entre les sexes, de protection sociale, de filets de protection et de participation active des femmes dans la gouvernance à tous les niveaux, par le biais de politiques et d’objectifs participatifs, de renforcement des capacités, de développement du leadership et des compétences techniques, ainsi que la reconnaissance et le soutien de leurs droits, de leurs rôles et de leurs connaissances.

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