Catherine Vidal : "Les représentations sociales liées au genre féminin ou masculin influent sur l'attitude des patients et du corps médical"

Catherine Vidal : "Les représentations sociales liées au genre féminin ou masculin influent sur l'attitude des patients et du corps médical"

Catherine Vidal : « Les représentations sociales liées au genre féminin ou masculin influent sur l’attitude des patients et du corps médical »

Catherine Vidal est neurobiologiste, directrice de recherche honoraire à l’Institut Pasteur et membre du Comité d’Ethique de l’Inserm. Elle est membre de ONU Femmes France, de l'Institut Emilie du Châtelet, du Laboratoire de l’Egalité, de l'Association Femmes et Sciences.

 

Quels sont pour vous les sujets de santé vis à vis desquels les inégalités entre les femmes et les hommes sont les plus importantes aujourd'hui ? Et demain ?

 

La santé est une affaire de biologie et de société. Il est important de faire la distinction entre, d'une part, les différences de santé entre les sexes qui sont liées à des facteurs biologiques et, d'autre part, les inégalités de santé qui concernent l'accès au soin et la prise en charge médicale. Ces inégalités sont dues à des facteurs sociaux, culturels et économiques sur lesquels il faut agir. Ainsi, les représentations sociales liées au genre féminin ou masculin influent sur l’attitude des patients et du corps médical.

 

Par exemple, l’infarctus de myocarde est sous diagnostiqué chez les femmes. Une patiente qui se plaint d’oppression dans la poitrine se verra prescrire des anxiolytiques alors qu’un homme sera orienté vers un cardiologue. Inversement l’ostéoporose est sous diagnostiquée chez les hommes car considérée, à tort, comme une maladie de femmes ménopausée. Ces biais de diagnostics ont des couts humains et financiers très lourds pour la société. A cela s'ajoute la précarité économique qui touche particulièrement les femmes avec le renoncement aux soins et la dégradation de l'hygiène de vie. Les femmes sont aussi les premières victimes de violences, ce qui se répercute sur leur santé mentale et physique.

 

Et c'est en prenant en compte l'ensemble de ces variables que l'on peut espérer construire une médecine plus égalitaires pour les femmes et les hommes

 

Quelles sont les pistes pour améliorer les pratiques médicales et garantir l'accès aux soins sans discrimination ?

 

Il n'est acceptable que de nos jours les stéréotypes de genre peuvent encore conduire à ignorer certaines maladies, comme l'endométriose par exemple. Au XIXe siècle les femmes étaient considérées comme "le sexe faible", ce qui faisait admettre les souffrances féminines comme "normales", notamment les douleurs liées à l'accouchement ou aux règles. Cela explique que l'endométriose qui entraine des douleurs très invalidantes et touche une femmes sur 10, n'ai été reconnue que très récemment par le corps médical.

 

Un effort important doit être fait dans la formation des étudiants dans les professions de santé et aussi dans la formation continue. Les sensibiliser à prendre en compte l'articulation entre les notions de sexe et de genre ouvre la voie à de meilleures diagnostics et pratiques médicales. Les médecins ne sont pas non plus assez formés à détecter les violences dont peuvent être victimes les femmes et à créer un climat qui permettrait d’aborder ces questions en consultation.

 

Il est tout autant indispensable d'informer les patients. Apprendre aux femmes à faire contrôler leur cœur et aux hommes à faire vérifier leur squelette est indispensable pour la prévention de ces maladies de plus en plus fréquentes avec l'allongement de la durée de vie. Les actions menées par le groupe « Genre et Recherche en Santé » du comité d’éthique de l'Inserm s'inscrivent dans cette perspective, avec en particulier la réalisation de clips vidéos pédagogiques destinés à un large public de patients, soignants, étudiants et chercheurs.

                                                                                                                       

Sur le plan sanitaire, quelles sont ces conséquences du dérèglement climatique ?

 

Il est désormais avéré que les dérèglements climatiques et environnementaux contribuent pour une large part à la réduction de l'espérance de vie, en particulier chez les femmes et les enfants (voir les rapports COP 21/22). Les polluants de l'air, des sols et des eaux diminuent la fertilité des femmes et des hommes. Les dérèglement climatiques favorisent l'émergence de nouvelles maladies infectieuses. Pour appréhender ces sujets éminemment complexes, il est urgent de lancer des programmes de recherches transdisciplinaires sur le thème "Climat, genre, santé" qui associent les recherches en biologie, médecine, chimie, sciences de l'environnement, anthropologie, études de genre, géopolitique, etc. Les instances nationales et internationales se doivent d'intégrer les questions de la pollution et du climat dans les plans d'action pour l'accès des femmes à l'éducation, au travail, aux droits civiques et à la santé.

onufemmes

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